Le site Reporterre, portail de l’écolo-confusionnisme
Ce soir, le café coopératif La Veilleuse (Paris 20e) reçoit l’équipe du site Reporterre.net, fondé par Hervé Kempf, journaliste au Monde. L’occasion de revenir sur le contenu de ce site consacré à l’écologie mais qui baigne dans le confusionnisme le plus total.
Reporterre, site qui se veut une référence en matière d’écologie, est représentatif d’une tendance hélas grandissante du mouvement écologiste qui, par manque sans doute de culture politique, tend à ouvrir ses portes à quiconque se dit – même vaguement – ami de la nature, sinon décroissant. « Reporterre veut être le forum de tous ceux qui imaginent le nouveau monde, un monde où l’on arrêtera de détruire l’environnement et qui retrouvera l’idéal de la justice », clame la courte présentation du site. Au nom du « débat », de la « démocratie » et de la « liberté d’expression », la porte est donc ouverte à tous les vents : sociaux-démocrates de droite, de gauche, du centre, consuméristes, complotistes, mystiques en tous genres, groupuscules d’extrême droite.
La « une » du jour est représentative de cette ligne éditoriale fourre-tout :

On y retrouve entre autres la porte-parole de l’écologie de droite Corinne Lepage, un communiqué des conspirationnistes de ReOpen911, aux côtés d’articles piqués chez Attac ou chez CQFD, des thématiques « développement durable » promues par les autorités et l’industrie « verte » (les « produits bio-sourcés »), des promoteurs de la non-violence version gandhiste (l’association Gandhi international) un poème d’une militante d’Attac, Béatrice Turpin, qui prétend jouer les radicales, un reportage sur le chantier de la gare de Stuttgart en Allemagne, un article anti-gaz de schiste fouillé... Bref : de tout et de n’importe quoi, et une abondance de copiés-collés sans lesquels le site, essentiellement alimenté par la rubrique « une minute, une question » (des quidams connus ou inconnus « développant » une thématique en une minute chrono), ne serait qu’un bréviaire de « fast-thinking » militant.
Il serait fastidieux de dresser un inventaire exhaustif du contenu du site. Contentons-nous de pointer les contenus les plus problématiques, et notamment la promotion que ce site a apporté ou apporte à des groupes conspirationnistes, rouges-bruns ou d’extrême droite. On retrouve ainsi sur Reporterre :
- Le micro-parti fascisant La Dissidence et son leader Vincent Vauclin : reporterre.net/spip.php ?article2201
- Etienne Chouard, à deux reprises (dont une des toutes premières interviews du site) : reporterre.net/spip.php ?article15 reporterre.net/spip.php ?article1651
- ReOpen911 : reporterre.net/spip.php ?page=recherche&recherche=reopen
- Michel Collon et ses amis : reporterre.net/spip.php ?page=recherche&recherche=collon
- Le site rouge-brun Le Grand Soir, encore très récemment : reporterre.net/spip.php ?page=recherche&recherche=legrandsoir
- Le complotiste Thierry Meyssan, qu’on ne présente plus : reporterre.net/spip.php ?article130
- Une large collection d’indinaiseries : reporterre.net/spip.php ?page=recherche&recherche=indign%C3%A9s
- Des leçons de morale productiviste de François Ruffin, tenancier de Fakir et qui promeut dans son journal la revue rouge-brune Bastille-République-Nations ou dans le dernier film de Pierre Carles les thèses de Jacques Cheminade ou de Nicolas Dupont-Aignan : reporterre.net/spip.php ?article2836
- Des « analyses » complotistes sur le virus H1N1, la pire étant sans doute celle fournie par le climato-sceptique (sur un site écolo, bravo...) américain Frederick William Engdahl, collaborateur de Russia Today mais aussi de la revue d’extrême droite italienne Eurasia, analyse que Reporterre a été copier sur le site Oulala.net de René Balme et sur Mondialisation.ca de Michel Chossudowsky : reporterre.net/spip.php ?article549
- Une promotion du numéro d’octobre 2012 de la revue pourtant d’ordinaire plus regardante Silence !, dans lequel on trouve une interview du compagnon de route des négationnistes Jean Bricmont, qui se voit donc par ricochet promu sur Reporterre : reporterre.net/spip.php ?article3282
- etc.
En ouvrant ainsi ses colonnes à des tels écrits, le site Reporterre participe de la confusion des genres et, même indirectement, à la récupération par les mouvements les moins recommandables des thématiques écologistes – conspirationnistes, extrême droite et rouges-bruns productivistes étant en ce moment au taquet sur ces questions.
Plus généralement, que Reporterre puisse être perçu comme un site de référence en matière d’écologie ne manque pas de nous étonner, tant son contenu – même quand il ne fait pas la promotion des sus-cités – est globalement indigent et se situe dans la ligne de la pensée écologiste dominante, à savoir une ligne sociale-démocrate et développement durable qui n’a absolument rien de radicale.
Ceux qui font la promotion d’un tel site et acceptent de servir de faire-valoir à ses « journalistes » se rendent complices par là même de l’inquiétante dépolitisation qui mine de manière grandissante le mouvement écologiste et finit par rendre inaudible toute forme d’écologisme radical.
Action Anti-Conspis Paris-Banlieue.



