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Le festival Bobines sociales diffuse un film conspirationniste sur le sida

mercredi 23 janvier 2013
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Demain, la bibliothèque municipale de Couronnes acceuillera dans le cadre du festival Bobines sociales le film « Les origines du sida », de Peter Chappell et Catherine Peix, sorti en 2003. Un choix étonnant pour un festival de qualité, tant le propos de ce film est... hors de propos.

Présenté sur le site du festival par un court texte ne disant pas grand chose de son contenu réel (« L’actualité des questions posées par ce film, qui 10 ans après, sont toujours sans réponses, illustre combien la confrontation des enjeux scientifiques à une réflexion éthique est devenue incontournable »), le film, reprenant la thèse d’un journaliste britannique, Edward Hooper, défend l’idée que la pandémie de sida serait le fruit d’une campagne de vaccination expérimentale contre la poliomyélite, qui aurait touché un million de personnes à la fin des années 1950 dans le Congo belge.

Cette thèse a pourtant été réfutée par de nombreux scientifiques, notamment par la Royal Society de Londres dès 2000, puis de nouveau par la revue Nature en avril 2004, et, au même moment, suite à la projection du film au Sidaction, par l’association Aides et le Conseil national du sida (CNS) qui l’ont chacun condamné, en publiant un communiqué pour « regretter » sa programmation, qualifiant son contenu d’« erroné ».

A l’époque, le film a été vu par 1,1 million de téléspectateurs sur France 2. Les auteurs s’étaient à l’époque étrangement défendu dans un droit de réponse au journal Le Monde qui avait souligné l’inanité de leur thèse, qui allait à l’encontre des travaux scientifiques les plus sérieux sur la question (et qui font eux remonter l’origine du virus à une transmission chimpanzé-homme remontant au début du 20e siècle en Afrique centrale) : « Nous avons interviewé nombre de scientifiques et nous pouvons affirmer, transcriptions à l’appui, que le consensus sur les origines du sida n’est absolument pas unanime. Face à des opinions aussi diverses et tranchées, nous avons choisi de ne pas faire de notre film une querelle d ’experts sur des hypothèses et des contre-hypothèses extrêmement complexes à expliquer et pour la plupart spéculatives. Nous n’avons pas à juger qui a tort ou raison. Le véritable débat scientifique sur la question reste à faire [...]. Dans une société civile dans laquelle les débats de santé publique tiennent une place prépondérante, nous revendiquons le droit de questionner un discours scientifique resté trop longtemps fermé au grand public. »

Donc... « On ne fait que poser des questions », « on se refuse à trancher le débat », tout en ne choisissant de ne présenter qu’un des « camps » en présence (comme si tous se valait, et alors même que c’est le camp le plus constestable) : nous avons affaire là à la méthode et à la rhétorique conspirationnistes habituelles. Rhétorique et méthode défendues à l’époque par Yves Jeanneau, responsable des documentaires de France 2, qui a défendu les auteurs du film en ces termes : « Ils ne disent pas que la thèse de Hooper est vraie. Ils disent qu’elle est plausible ». Pourtant, en ne développant que cette thèse, c’est bien ce que font les auteurs du film : la faire passer pour « vraie » ou en tout cas suffisamment « sérieuse » pour qu’on s’y arrête, et pas seulement « plausible » (ce qui serait déjà problématique, compte-tenu justement de son peu de sérieux).

France 2, chaîne de service public et le festival Bobines sociales prétendent tous deux, lorsqu’ils diffusent des documentaires, avoir un rôle « éducatif ». Et ce ne serait sans doute pas non plus faire injure à ce festival que de dire qu’il appartient à une tradition d’éducation populaire. Dès lors, cette erreur de programmation, si elle pouvait peut-être se comprendre en 2004 alors que le film venait juste de sortir, est incompréhensible dix ans plus tard. Et en 2004 comme en 2013, elle est hautement préjudiciable à une lutte efficace contre le Sida, puisque, partant d’une thèse erronée, elle ne saurait permettre d’en comprendre les enjeux ni scientifiques ni éthiques, contrairement à ce que prétend la brochure du festival.

A l’heure où la lutte contre le sida ne fait hélas plus vraiment recette, à l’heure où se développent, y compris dans certains milieux scientifiques et médicaux, les thèses conspirationnistes niant l’existence de la maladie et/ou son lien avec le VIH, une telle programmation est vraiment inopportune, et nous demandons aux responsables du festival, ainsi qu’à ceux qui l’accueillent (les responsables de la bibliothèque Couronnes) et le subventionnent (la mairie du 20e et la région Ile-de-France) d’annuler cette projection, ou de la remplacer par un autre documentaire – pertinent cette fois – sur le sujet.

Action Anti-Conspis Paris-Banlieue.

Sources :

- Le Monde du 28 avril 2004 : aidsorigins.com/content/view/78/60/
- Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Origi...
- La programmation du Festival bobines sociales : http://www.bobines-sociales.org/ind...

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