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Le « plan d’urgence européen » pro-capitaliste du NPA

vendredi 21 décembre 2012
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La crise capitaliste suscite inévitablement parmi les mouvements, syndicats et partis dits « de gauche » qui se proclament les défenseurs des travailleurs ou de la « population » tout en se disant opposés au renversement du système existant, une prolifération de propositions de politiques « alternatives » pour sauver l’économie tout en évitant les rigueurs de l’austérité, du chômage et de la misère croissante : bref, l’éternel rêve réformiste d’un capitalisme « humain » qui n’aurait gardé que ses « bons côtés ».

Nous reviendrons une autre fois sur les panacées ouvertement réformistes pour résoudre la crise sans douleur – et surtout sans affrontements entre les classes ! Pour l’heure, nous allons nous arrêter sur un « plan d’urgence » proposé par un parti qui se dit « anticapitaliste » (quoique plus communiste révolutionnaire), le NPA, pour démontrer encore une fois que ce mouvement tourne complètement le dos aux véritables positions anticapitalistes de classe.

Dans le numéro du 26 juillet de son hebdomadaire « Tout est à Nous » (TEAN) le NPA présente donc à ses lecteurs un « plan d’urgence européen » pour sortir de la crise. En préambule, TEAN écrit : « A l’inverse des politiques austéritaires menées en Europe, il est nécessaire d’augmenter les salaires pour vivre correctement et financer la protection sociale. La dette illégitime doit être annulée, les banques et assurances qui ont spéculé doivent être expropriées (notons ce souci de moralisme très petit-bourgeois : seule la dette « illégitime » doit être annulée, seuls les établissements qui ont « spéculé » doivent être expropriés). Pour cela il faut bien sûr inverser le rapport de forces, organiser les luttes à l’échelle européenne et mettre en place un gouvernement des peuples en Europe ».

Qu’est-ce qu’un « gouvernement des peuples » ? Les rédacteurs de ce plan d’urgence se gardent bien de le préciser, mais depuis qu’il existe, le marxisme a expliqué que le « peuple » est composé de classes sociales différentes et opposées. Dans les années trente Trotsky écrivait que c’est le fascisme qui parle de peuple, alors que les marxistes parlent de classes. Dans le chapitre final de leur plan, intitulé significativement « conquérir la démocratie, le droit et les possibilités de contrôle » les ci-devant trotskystes du NPA écrivent que la mise en oeuvre de la politique qu’ils préconisent « nécessite la conquête du pouvoir par les travailleurs et les classes populaires... » ; au delà de l’interclassisme d’une perspective incluant les « classes populaires », se rappelleraient-ils soudainement d’avoir lu chez Marx, Lénine ou Trotsky la nécessité de la révolution et de l’instauration de la dictature du prolétariat ?

Pas le moins du monde, à lire la suite de la phrase : « ... un gouvernement démocratique des travailleurs regroupant partis et organisations syndicales qui refusent l’austérité (...) » : cette « conquête du pouvoir » n’est donc que la constitution d’un gouvernement des partis réformistes – les agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, comme disait Lénine – pourvu que ceux-ci « refusent l’austérité », ce qu’ils affirment tous ! « Un tel bouleversement (...) s’étendra à toute l’Europe pour mettre en oeuvre un processus constituant en vue de la Fédération des Etats socialistes d’Europe ». Reprenons avec calme : l’élection dans un pays d’un gouvernement des partis réformistes opposé à l’austérité, débouchera, grâce à « un processus constituant » (?) sur les Etats Socialistes d’Europe. Pas besoin de révolution pour passer au socialisme, l’élection de Mélenchon suffit ? Pourquoi alors le NPA a risqué de gâcher cette chance en refusant d’adhérer au Front de Gauche ?

En réalité le prolétariat n’a pas à conquérir la démocratie (1) et le droit à contrôler l’économie capitaliste ; il lui faudra conquérir tout le pouvoir et l’exercer dictatorialement, y compris contre les classes populaires qui vivent de l’exploitation capitaliste ou de la société marchande, non pas pour contrôler, mais pour déraciner le mode de production capitaliste.

Cette conquête du pouvoir ne passe pas par l’utilisation des institutions politiques de l’Etat bourgeois (élections, parlements, etc.), mais par la lutte en dehors et contre elles, culminant dans l’insurrection armée. En dehors de cette claire et sans équivoque perspective révolutionnaire marxiste, il ne peut y avoir que du réformisme, c’est-à-dire en fin de compte la soumission à l’existence éternelle du capitalisme. Constatons-le à la lecture du « plan d’urgence » :

Selon le NPA, « Les causes profondes de la crise de l’euro (...) sont sociales et politiques ». La crise n’est donc pas une crise économique, provoquée par les contradictions internes du capitalisme, et qui par conséquent ne peut trouver de solution définitive que par le renversement du capitalisme (même si des solutions temporaires peuvent et sont trouvées par les capitalistes dans l’exploitation accrue du prolétariat, jusqu’à l’éclatement de la crise suivante). C’est essentiellement selon le Plan d’urgence une crise monétaire dont l’austérité, la dette, etc., ne sont que les « symptômes » ; crise provoquée par l’incapacité des bourgeoisies européennes à « dépasser leurs divisions » et par « leur lutte contre leur classe ouvrière ». La conclusion coule de source : une bonne politique résoudra les problèmes causés par la mauvaise politique bourgeoise : « seule la classe ouvrière est à même d’indiquer le chemin [il s’agit juste d’indiquer, pas d’imposer] pour sortir de la crise car elle n’a aucun privilège national à défendre (...). Elle seule est capable de résoudre la question sociale et nationale de façon démocratique ». Résolvons les antagonismes nationaux entre Etats européens, résolvons la question sociale – attention : de façon démocratique, pas de façon révolutionnaire et autoritaire ! – et la crise est finie !

Concrètement le NPA traduit cela par la revendication de l’augmentation des salaires, la fixation d’un salaire minimum européen, l’éradication du chômage par l’interdiction des licenciements, la diminution du temps de travail, la lutte contre les privatisations, etc.

Admettons que ces revendications soient satisfaites (mais comment ? Il n’y a pas un mot sur les luttes ouvrières d’ampleur, sur la lutte de classe qui seraient nécessaires, seule une vague « mobilisation des travailleurs » étant évoquée, mais à la place on parle, démocratiquement, de lois qui seraient votées par l’Etat bourgeois !) : la « question sociale » (confuse formulation typique de tous les réformateurs sociaux, déjà rudement stigmatisée par Marx) serait-elle pour autant résolue ? Peut-elle l’être par une « autre répartition des richesses », comme si le problème n’était pas l’exploitation capitaliste et l’organisation politique et sociale édifiée pour l’assurer et la défendre, mais simplement le partage inégal du fruit de cette exploitation ?

Seules les classes qui aspirent à avoir une part plus large du gâteau capitaliste, les classes petites-bourgeoises et leurs représentants politiques, peuvent se l’imaginer !

Continuons. Pour le NPA les revendications ci-dessus « débouchent directement sur le refus de payer la dette, l’exigence d’un audit populaire en vue de son annulation ». C’est toujours la démocratie et l’interclassisme qui sont mis en avant : « le peuple » va, de façon très responsable, réaliser un contrôle approfondi des finances de l’Etat pour ensuite « décider » si la dette doit être payée. Encore une fois, qui, comment, pourrait concrètement réaliser cela, le texte ne se soucie pas de l’indiquer à ses lecteurs.

Mais voici le plus beau : « il s’agit de prendre le mal à la racine... » Peut-être allons-nous enfin avoir des propositions radicales ? Poursuivons vite la lecture : « ...pour en finir avec la soumission des Etats aux intérêts de l’aristocratie financière » !!!

Ainsi donc c’est la défense des Etats bourgeois qui, les pauvres, seraient soumis à la finance, que le NPA présente comme objectif à la classe ouvrière !!!

Le texte précise plus loin que « les Etats (les Etats bourgeois !!!) doivent être en mesure de contrôler et de diriger l’activité économique », qu’il faut donner aux Etats (aux Etats bourgeois !!!) « les moyens de financer leur politique » (« par une fiscalité anticapitaliste » !) ou que la BCE ne doit pas rester « hors du contrôle des Etats »...

Démontrant du côté de quelle classe il penche, le NPA tient à préciser qu’il veut protéger les « petits épargnants » en expropriant les assurances ; car celles-ci ont « spéculé dangereusement » avec l’argent des assurances-vie et retraites complémentaires : l’Etat devra donc garantir l’épargne des petits-bourgeois, en faisant payer les riches...

Le plan d’urgence prend position ensuite en faveur de l’euro : le problème en effet n’est pas l’euro, mais les traités qui régissent l’union européenne, affirme-t-il. Il faudra les abroger et les remplacer pare d’autres « dans le cadre d’un véritable processus constituant [encore !] démocratique afin d’aboutir à un pacte de solidarité des peuples pour l’emploi et l’environnement ». La seule chose qu’il est possible de comprendre dans cette infâme bouillie petite-bourgeoise, c’est que la lutte des classes et la révolution prolétarienne sont exclues du cadre du plan d’urgence !

Contre ceux qui « à gauche » appellent à la sortie de l’euro pour résoudre la crise (en fait les démagogues nationalistes), le NPA affirme doctement : « la zone euro et l’UE sont l’espace politique réel dans lequel doit s’inscrire la lutte du mouvement ouvrier ».

Mais le NPA ne fait que ainsi que démontrer que c’est lui qui s’inscrit, également au niveau européen, dans le cadre de la politique bourgeoise ; que c’est lui qui s’incline respectueusement devant les frontières de la forteresse Europe que les bourgeoisies européennes se sont efforcées de constituer pour résister à la pression concurrentielle des autres bourgeoisies du monde. Tout ce fumeux plan d’urgence en définitive ne remet jamais en cause les fondements socio-économiques du capitalisme, ni les fondements de l’organisation politique bourgeoise. Il prétend qu’une autre politique serait possible, qui pourrait résoudre la crise et la « question sociale » sans s’attaquer au capitalisme ni aux Etats bourgeois, ni même à l’Union Européenne, mais seulement à la finance et aux richesses qui ne s’investissent pas de façon productive (c’est-à-dire de façon capitaliste) : politiquement ce plan est en définitive intégralement bourgeois et pro-capitaliste.

De son côté, le prolétariat n’a que faire de la zone euro ou de l’Union Européenne ; la crise de l’euro n’est qu’une conséquence de la crise capitaliste internationale dont il ne peut se défendre que par le retour à la lutte de classe contre le capitalisme. Dans cette perspective il lui faut lutter contre les tentatives des bourgeoisies d’Europe de lui demander des sacrifices au nom de la défense de l’euro ou de la « souveraineté nationale », il lui faut combattre l’idéologie et la politique européistes au même titre que l’idéologie et la politique nationalistes.

Les nécessités immédiates de la lutte ouvrière imposent la rupture avec les frontières européennes dans la mesure où elles imposent l’union avec les prolétaires « extra-communautaires » qui dans tous les pays d’Europe constituent une part non négligeable du prolétariat. La politique ouvrière n’a pas à se calquer sur la politique bourgeoise et ses limites, elle doit s’y opposer ! La « construction d’une autre Europe » censée être « un partenaire solidaire à l’égard des peuples opprimés de la planète » (!) n’est pas un objectif prolétarien.

L’Union Européenne et la zone euro, sont des alliances d’Etats impérialistes qui ont derrière eux une sanglante histoire de pillages de la planète et d’épouvantables massacres de populations étrangères mais aussi de leurs propres prolétaires. Ces Etats ne peuvent changer de nature, ils sont et seront les adversaires implacables du prolétariat, ils devront être brisés par la révolution prolétarienne. Tous les discours sur le partage des richesses, sur la défense des Etats contre la méchante finance, sur les processus constituants menant tranquillement à une Europe socialiste, etc., ne reviennent qu’à cacher que ces Etats bourgeois n’hésiteront jamais à faire couler le sang pour maintenir la domination de la classe capitaliste : c’est pourtant cela dont il faut sans relâche avertir les prolétaires intoxiqués par la propagande démocratique et pacifiste bourgeoise !

Où qu’éclate la révolution prolétarienne internationale, elle ne suivra pas ni ne se bornera pas aux frontières étriquées de l’Europe impérialiste. D’une façon ou d’une autre, elle associera très rapidement les prolétaires du monde entier que le développement capitaliste a réuni dans les métropoles impérialistes.

Et si elle triomphe d’abord dans un seul pays, ou un seul groupe de pays, elle ne se souciera pas d’être un partenaire solidaire des peuples opprimés, quoi que cela veuille dire ; elle utilisera toutes ses forces pour pousser à la révolution dans les autres pays, pour attiser la révolution communiste mondiale, jusqu’à ce que tous les Etats capitalistes aient été renversés !

Certes, cette perspective n’est malheureusement pas immédiate, ni ne relève d’un quelconque plan d’urgence. Mais par contre, ce qui est urgent pour les prolétaires c’est de rompre non seulement avec les réformistes avérés, mais aussi avec les faux révolutionnaires, qui sont tout aussi des partisans du capitalisme et des adversaires de la lutte de classe.

Parti Communiste International - http://www.pcint.org


(1) Cette formule de « conquête de la démocratie » se trouve au chapitre II du Manifeste Communiste, dans le passage suivant : « la première étape de la révolution ouvrière, c’est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie ». Sa signification est radicalement différente chez le NPA où elle veut dire : victoire électorale des partis réformistes. Marx précisera plus tard que la dictature du prolétariat est la définition précise du pouvoir révolutionnaire de la classe ouvrière.

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