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Poursuite de la vague de grèves en Afrique du Sud

jeudi 29 novembre 2012
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Depuis plusieurs mois l’Afrique du Sud connaît une vague importante de conflits sociaux et de grèves, attisés par la détérioration de la situation des prolétaires et des masses exploitées.

Comme souvent les mineurs sont au premier plan des luttes ; il faut dire que si l’industrie minière est le secteur économique le plus important du pays enrichissant les compagnies internationales et les bourgeois locaux, les conditions de vie et de travail des mineurs, en dépit d’une longue histoire de luttes qui leur ont permis d’obtenir certaines améliorations, restent déplorables. Les mineurs de platine de Lonmin à Marikana vivent dans des cabanes misérables protégeant à peine de la chaleur, avec des toilettes extérieures pour 50 personnes où coule un maigre filet d’eau, etc. ; un tiers d’entre eux sont des précaires, avec des salaires encore plus bas que les autres et sans aucune protection sociale, droits à la retraite ou aux soins médicaux. « Mieux vaut mourir que travailler pour cette merde ! » déclarait un mineur gréviste de Lonmin (El Pais, 20/8/12). Le 16 août la police y abattait au fusil-mitrailleur 34 grévistes (1).

L’Afrique du Sud est le premier producteur mondial du platine et son importance dans l’industrie minière sud-africaine a remplacé celui de l’or ; mais la crise économique a eu comme conséquence de faire baisser son prix sur le marché mondial, poussant les capitalistes à accroître l’exploitation des prolétaires afin de sauver leurs profits.

A la suite des mineurs de Lonmin, d’autres grèves sauvages ont éclaté dans le secteur minier pour les mêmes revendications d’augmentation des salaires, notamment une grève sauvage à l’Anglo American Platinum (Amplast) de Rustenburg, ville voisine de Marikana, où les grévistes avaient barricadé toutes les voies d’accès. Début septembre la police intervenait avec des tirs de balles en caoutchouc contre les grévistes d’une mine d’or près de Johannesburg. Fin septembre la production des mines d’or d’AngloGold Ashanti qui emploie 35 000 travailleurs était complètement paralysée dans toute le pays par la grève. Les grèves touchaient les mines de chrome, encore à Rustenburg, où des centaines de mineurs décidaient un sit-in souterrain pour demander une augmentation de 12500 rands. Début octobre l’usine Toyota de Durban était touché par une grève sauvage ; on estimait par ailleurs que 80 000 mineurs étaient en grève dans diverses mines du pays. Après la répression bestiale de Lonmin, le gouvernement a décidé d’ouvrir une enquête officielle pour calmer l’indignation suscitée par ce massacre ; il n’y a cependant aucun doute sur les causes et la réalité des faits : tout indique que la tuerie était préméditée et que le syndicat officiel (le NUM, National Union of Mineworkers) et le PC sud-africain appelaient à la répression des grévistes. L’attitude des autorités vis-à-vis des autres grèves confirme, s’il en était besoin, de quel côté se trouve le gouvernement et les syndicats officiels.

C’est ainsi qu’à Rustenburg, le NUM déclarait la fin de la grève après avoir signé un accord avec les patrons, mais les mineurs continuaient leur action et traitaient le NUM de « menteur ». La police intervenait contre les grévistes avec des balles en caoutchouc, faisant un mort. Cependant la vague de grève s’étendait à d’autres secteurs : 20000 conducteurs de poids lourds, les ouvriers de Dunlop à Howick où 14 grévistes étaient blessés par des balles en caoutchouc tirés par des milices patronales, etc. Entre temps le gouvernement de Jacob Zuma, qui avait fait semblant de s’émouvoir du massacre de Lonmin, a décidé d’envoyer l’armée jusqu’à la fin de l’année à Marikana « pour maintenir le calme »

Le 2 octobre la société Goldfields faisait évacuer 5000 grévistes des dortoirs où ils s’étaient installés, après que, au début du mois les grèves sauvages se soient étendues à une autre de ses mines, à Bokoni, à des centaines de kilomètres de l’épicentre des grèves constitué par les villes de Marikana et Rustenburg. Amplast décidait dans la même période de licencier 12000 grévistes de Rustenburg, tandis que AngloGold Ashanti menaçait elle aussi de licencier les grévistes. A la suite de négociations avec le NUM, Amplast acceptait de reprendre les mineurs licenciés mais il semble que la lutte n’ait pas cessé. Après que la grande confédération syndicale COSATU (qui avec le PC sud-africain et l’ANC de Mandela et Zuma, fait partie de la « Triple Alliance » anti-prolétarienne au pouvoir) ait dénoncé à plusieurs reprises les grèves sauvages, lors de son congrès de la fin septembre, elle a affirmé son soutien aux travailleurs, notamment aux chauffeurs en grève (déclaration qui n’engage à rien), tout en leur demandant d’éviter tout acte de violence ; le syndicat des chauffeurs routiers, lui, déclarait carrément que les actions violentes des grévistes (attaques et incendies de camions qui essayent de briser la grève), étaient l’oeuvre de « voyous » ! De son côté, le président Zuma est venu au congrès pour affirmer sans rire que : « le syndicalisme est le seul bouclier des travailleurs pour les protéger et les défendre » (2) ! Les grévistes de Lonmin qui ont vu les permanents du NUM (le principal syndicat de la COSATU) prêter main-forte à la police contre eux, apprécieront....

Vive la grève des ouvriers agricoles de la province du Cap !

Les grèves n’ont pas cessé et à la mi-novembre elles ont gagné les travailleurs agricoles de la région du Cap. Les travailleurs y ont des conditions particulièrement détestables, comme l’a relevé un rapport récent de Human Rights Watch (3). La grève a été là aussi spontanée, mais la COSATU a essayé d’en prendre la tête en spéculant sur le manque d’organisation des travailleurs ; profitant que la province est dirigée par l’opposition, elle a accusé les dirigeants politiques provinciaux d’être responsables de ces mauvaises conditions. Les grévistes demandent que leur paye journalière passe de R69 (7,8 US dollars) soit le salaire minimum, à R150 (17 dollars). Les autorités ont répondu par la répression qui a fait deux morts et des blessés (la police ayant été secondée par des milices patronales). Au bout de quelques jours, la COSATU a appelé à « suspendre » la grève, le gouvernement ayant « accepté » d’ouvrir des négociations dans le semaines à venir en vue d’augmenter le salaire minimum. Mais les travailleurs ne se sont pas laissé duper et ils ont continué leur mouvement qui s’est étendu dans la province. Dans une tentative de diviser les travailleurs, le Premier Ministre de la province, Helen Zille, a accusé les immigrés et les sans papiers venus du Lesotho ou du Zimbabwe d’être responsables de la grève !

Devant l’échec à arrêter le mouvement, le 28/11 Zille demandait au gouvernement central l’envoi de l’armée dans les campagnes pour empêcher la violence des grévistes. Aussitôt la COSATU a soutenu cette demande… pour protéger les travailleurs de la violence des patrons !!! (4)…

On voit que la vague de grève qui secoue actuellement l’Afrique du Sud se heurte non seulement à la répression patronale et policière, mais aussi au sabotage ouvert, à l’action sans frein de briseurs de grèves des syndicats de la COSATU et du PC Sud-Africain ; cela démontre une fois de plus la nécessité de l’organisation indépendante de classe pour mener la lutte contre les patrons, mais aussi de l’organisation politique, du parti de classe, pour que cette lutte échappe aux pièges des larbins politiques et syndicaux des patrons, pour qu’elle ne soit pas emprisonnée dans les filets de la collaboration entre les classes et qu’elle puisse se hisser au niveau d’une lutte générale contre le capitalisme et l’Etat bourgeois.

* * *

Mais cette orientation n’est pas celle défendue par les groupes politiques d’extrême gauche existant en Afrique du Sud.. Le Spartacist South Africa (section de l’organisation spartaciste International Communist League, dont la section en France est la LTF) reprenait dans son tract du 28 août (5) sa revendication de « gouvernement ouvrier centré sur les Noirs », revendication typiquement trotskyste qui derrière une appellation ronflante est en réalité purement réformiste et parlementaire : si le gouvernement préconisé par les Spartacistes était un gouvernement anti-capitaliste, ils devraient ajouter qu’un tel gouvernement ne peut être obtenu que par la prise violente du pouvoir par le prolétariat, la destruction de l’Etat bourgeois et l’instauration de la dictature du prolétariat. Tout autre gouvernement soi-disant « ouvrier » n’est qu’une fraude, une tromperie des travailleurs : il ne peut existe de gouvernement ouvrier dans le cadre de l’Etat bourgeois, anti-ouvrier par nature ! Dans le même tract, à côté de la dénonciation du gouvernement de la triple Alliance et du NUM, la SSA appelle – justement – à l’autodéfense des grévistes. Mais les Spartacistes montrent qu’ en réalité, comme tous les trotskystes, ils restent les mêmes éternels suivistes des appareils collaborationnistes anti-prolétariens, en critiquant les travailleurs qui quittent le NUM : « La réponse aux trahisons commises par les dirigeants du NUM et d’autres syndicats de la COSATU ne peut pas être simplement de les quitter pour constituer d‘autres syndicats, ce qui tend à affaiblir les travailleurs ». Ainsi donc, c’est l’organisation des travailleurs en dehors du syndicat qui appelle la police et l’armée pour briser les grèves, qui collabore avec les patrons, qui serait un facteur de division et d’affaiblissement des prolétaires !

Mais l’unité dont a besoin le prolétariat, ce n’est pas l’unité avec les appareils collaborationnistes qui paralysent, sabotent et combattent ouvertement les luttes ouvrières ; c’est l’unité avec les prolétaires des autres entreprises, des autres secteurs, des autres nationalités pour la défense des intérêts communs aux prolétaires et à eux seuls ; elle commence par l’organisation indépendante de classe, en dehors et contre ces appareils (pas seulement quelques « dirigeants vendus ») qui pratiquent la collaboration de classe pour mieux défendre le capitalisme national et la patrie bourgeoise : c’est la leçon que les prolétaires sud-africains donnent aux travailleurs du monde entier.

Les autres organisations trotskystes sud-africaines ont adopté des positions réformistes habituelles : nationalisation des mines, bien sûr « sous contrôle ouvrier ». La revendication de contrôle ouvrier d’une entreprise dirigée par l’Etat bourgeois est peut-être encore plus stupide que celle d’un gouvernement ouvrier de ce même Etat. En tout cas elle est tout aussi contraire à l’orientation de lutte de classe dont ont besoin les travailleurs sud-africains pour lutter contre les capitalistes appuyés et défendus par l’Etat bourgeois.

Les prolétaires sud-africains mènent aujourd’hui courageusement des luttes difficiles de résistance contre un ennemi de classe qui se camoufle derrière de faux amis « communistes » et syndicaux. Ils ne peuvent compter sur ces prétendus groupes révolutionnaires qui ne sont qu’une variété particulière de réformistes, peut-être plus dangereux à cause de leurs discours pseudo-révolutionnaires.

Il leur faudra retrouver les authentiques positions marxistes pour s’organiser sur des bases de classe non seulement pour la lutte de défense immédiate, mais aussi pour la lutte politique afin de pouvoir, avec les prolétaires des autres pays, passer à l’attaque contre le capitalisme mondial !

(1)http://pcint.org/01_Positions/01_01...

(2) L’Humanité, 20/9/12

(3) http://www.hrw.org/news/2011/08/23/...

(4) http://www.cosatu.org.za/show.php?I...

(5) http://www.icl-fi.org/english/leafl...

Parti Communiste International

www.pcint.org

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