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Appel des 451, suite : La querelle des modernes et des modernes

mardi 27 novembre 2012
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La querelle des modernes et des modernes

Réponse aux critiques et développement de l’argumentaire de l’Appel des 451 sur les métiers du livre

*** http://les451.noblogs.org/post/2012/11/22/la-querelle-des-modernes-et-des-modernes/

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Voici en version téléchargeable une brochure de 40 pages qui vient d’être imprimée et qui amorce un argumentaire plus développé de l’Appel des 451 publié en septembre 2012. Nombre des critiques que le collectif des 451 a reçues depuis la parution de l’Appel sont étudiées dans ce texte. Il s’agit d’un document de travail intermédiaire, en préparation des rencontres nationales des 12 et 13 janvier 2013 à la Parole errante, à Montreuil, sur les métiers du livre. Un programme détaillé de ces rencontres sera disponible dans les semaines à venir.

Pour nous contacter : les451@riseup.net

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http://les451.noblogs.org/post/2012...

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SOMMAIRE :

07 / Introduction

11 / L’objet livre

20 / Les mythes numériques

29 / Pistes

31 / Appel des 451

35 / Pot-pourri des commentaires à l’Appel des 451

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INTRODUCTION

Formant un collectif de personnes travaillant dans différents secteurs du livre (diffusion, imprimerie, bibliothèque, librairie, édition, correction, etc.), nous nous sommes réunis pendant plusieurs mois pour discuter ensemble de l’actualité de nos activités et des problèmes politiques et sociaux que nous partagions. De manière à mettre en discussion les idées que nous échangions, nous avons décidé de diffuser un texte commun paraphé par diverses personnes, partageant notre constat ou, à tout le moins, manifestant l’envie d’en débattre. Dans l’édition du Monde daté du jeudi 6 septembre 2012 (papier et internet) une tribune paraissait sous le nom d’Appel des 451, en référence au roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, où nous faisions état d’un malaise ressenti dans les métiers du livre et d’une volonté d’agir.

Lors de la parution, nous avons découvert que les responsables de la rubrique «  Idées  » du Monde avaient choisi de mettre en avant les noms de «  personnalités  » ayant signé cet appel, au détriment de la construction collective du texte. Omettant une virgule, ils laissaient également entendre que nous étions 451 membres dans le collectif, oubliant la référence au livre de Bradbury. Cela a pu créer une ambiguïté, indépendante de notre volonté, quant à l’origine de l’appel  : certains lecteurs ont cru qu’il avait été rédigé par messieurs Agamben, Butel et Nadeau, alors qu’ils ont simplement soutenu les idées qu’il comportait, au même titre que la centaine d’autres signataires qui les accompagnaient. L’idée de précisément quatre cent cinquante et une personnes réunies autour d’un arbre et de ces trois écrivains, écrivant un texte à neuf cent deux mains, nous a bien fait rire, mais nous avons fait notre possible pour lever le doute, et, sur la version internet du Monde, les choses sont à présent plus claires. Il nous semble néanmoins que ce léger incident est sans conséquence sur la teneur de l’Appel. Tout au plus, cela rappelle les travers de certains médias qui donnent plus de valeur à la parole experte et patentée qu’à celle des gens ordinaires.

Depuis cette publication dans Le Monde, l’Appel des 451 est également paru dans les journaux La Reppublica en Italie et Diagonal en Espagne. Il a été relayé par de nombreux blogs spécialisés et affiché dans certaines librairies. Nous prenons le temps de le diffuser sous forme de tracts et de discuter avec les gens à qui nous le distribuons à des endroits opportuns. Le nombre des signataires dépasse aujourd’hui les cinq cents. De nombreux emails et quelques courriers postaux nous sont parvenus pour nous encourager ou nous remercier, nous soutenir ou nous rejoindre. Le texte circule largement et, ici ou là, soulève le débat. Nous avons par conséquent reçu des critiques, positives et négatives, qu’il nous semble important de relever avant les journées de rencontres nationales prévues les 12 et 13 janvier 2013 à Montreuil (avec la présence sous réserve de Bono), qui seront un moment de discussions entre divers travailleurs de l’ensemble de la chaîne du livre, ou avec des lecteurs. Lors de ces journées, des ateliers présenteront des exposés préparés en amont sur les thèmes que nous avons retenus.

Aussi la réponse aux critiques qui suit n’est-elle qu’un document de travail intermédiaire, soumis à discussions et à réactions, qui trace à grands traits quelques pistes de réflexion dont nous discutons actuellement. Nous savons que pour beaucoup, tout cela a déjà été pensé par d’autres, nous savons que des expériences de regroupements autour des problématiques du livre ont déjà existé, et nous savons surtout que nous ne détenons aucune certitude dogmatique sur les sujets auxquels nous nous confrontons. Nous sommes à la fois en train de travailler et de réfléchir à notre travail, c’est-à-dire que nous tentons d’élaborer une pensée collective – par zigzags. Nous attendons de nouvelles critiques au texte qui suit  : nous sommes à la recherche de nouveaux mots.

***

1 / L’objet livre

(Extrait)

Une des dimensions essentielles du livre est d’être une marchandise, dont la pensée fournit la matière première. Il est conçu, produit, assemblé, façonné, diffusé, distribué, vendu, acheté, à partir de ce que ses auteurs et éditeurs ont pensé  : et cela peut aller de la recette de cuisine à la théorie phénoménologique en passant par quelques rimes en vers. Il est ensuite fabriqué avec des machines et des ordinateurs, imprimé avec de l’encre chimique sur du papier issu de forêts. On en fait la publicité. On le vend neuf. On l’échange, on le vole, on spécule dessus. On le revend d’occasion. Puis il est pilonné et recyclé, et on le revend encore. Comme toutes les marchandises, le livre est ainsi inscrit dans notre société capitaliste et il génère autant de valeur qu’il crée de souffrance.

Un des mythes persistants que nous voulions contester avec l’Appel des 451 tient donc dans l’illusion courante selon laquelle les idées seraient détachées de l’économie et s’agiteraient dans un monde éthéré, déconnecté du réel. Or, lorsqu’une idée sort du champ intime et privé, elle devient objet, susceptible d’être transformée, diffusée et négociée selon des modes artisanaux ou industriels, dans des économies mondialisées ou en circuit court. C’est notamment pour appuyer une réflexion sur la réappropriation des savoir-faire dans laquelle s’inscrivent les productions intellectuelles que nous avons comparé le livre à une tomate. En effet, il y a un parallèle saisissant entre l’histoire de la production agricole et celle du livre  : on retrouve les mêmes processus de massification, de baisse de la qualité, d’aristocratie du goût, et de monopolisation dans les deux secteurs. La chaîne du livre est, par exemple, aujourd’hui articulée autour de la question de la distribution, secteur décisif qui impose souvent ses intérêts aux autres acteurs, en amont (éditeurs) et en aval (libraires)  ; situation qui rappelle celle mieux connue des grandes chaînes de distribution agroalimentaires, de légumes ou de lait par exemple, qui ont peu à peu conduit à une dépossession pour les paysans des choix relatifs à leur production et à une concentration des lieux de vente.

Le parallèle vaut aussi pour la situation de surproduction de livres, dont la quantité démesurée d’unités fabriquées pour un même titre dépend non pas des estimations de vente, mais d’une volonté de saturation du marché. Chez les principaux éditeurs, on sait, avant la mise en rayon, qu’une grande partie de la production est destinée au pilon.

De plus, le délai de deux mois accordé aux libraires pour payer les distributeurs, ceux de trois mois aux distributeurs pour payer les éditeurs, et la possibilité de retour des invendus, font que les livres sont produits et diffusés selon les discours de présentation (tantôt sincères tantôt publicitaires) des représentants commerciaux en librairie, ou selon la notoriété de l’auteur – rarement selon une lecture effective des titres. Enfin, la tendance des éditeurs à payer d’importants à-valoir aux auteurs à succès avant la rédaction, ou bien de ne pas payer les auteurs débutants, implique une production de titres dont la pertinence est structurellement incertaine. Tout cela montre que l’argent qui circule dans le monde du livre tend à se financiariser, à se fonder sur le crédit et une économie immatérielle détachée des chiffres réels de vente et de la qualité des ouvrages publiés.

La chaîne du livre, (depuis la production d’idées jusqu’à son commerce, en passant par la fabrication de l’objet-livre) est ainsi soumise aux logiques du management dénoncées ailleurs, guidées par le profit et l’idéologie de la croissance. Elle peut par conséquent être accompagnée des mêmes horreurs économiques que, par exemple, les industries pétrochimiques ou agroalimentaires. Par rapport à cette situation, certaines personnes et quelques rares enseignes tentent soit de résister, soit de s’organiser pour exercer un métier dans des conditions qui ne cèdent pas à la barbarie ambiante. Rien ne sert de vouloir opposer petits gentils et grands méchants, les pratiques sont variées et on ne peut circonscrire la valeur d’un livre à son origine. Un très bon titre peut être produit selon des méthodes industrielles et un autre médiocre par une petite maison indépendante avec une imprimerie de quartier. Cependant, si la qualité des idées et des argumentations, ou si la beauté d’un texte ne sont pas fonction de leur support, il nous semble pertinent d’évaluer les différents modes de production et de les mettre en rapport avec les idées qu’ils diffusent.

Au lieu de nous contenter de lire et d’écrire sur les méfaits du capitalisme à l’extérieur des pages d’un livre, nous avons donc voulu nous mettre en disposition d’agir sur ces nuisances à même la production de livres. Nous cherchons à prendre conscience de notre place dans la société moderne, en pensant à notre production et à nos manières de faire  : réfléchir par exemple à la façon dont un essai contre le capitalisme s’insère dans le capitalisme. De là, nous proposons de renverser cette idée reçue qui voudrait que seul le message contenu dans un écrit compte, peu importe comment il est diffusé, peu importe son contenant. Vivant dans un monde où les idées sont confusément mélangées, les valeurs relativisées et les discussions dépolitisées, nous nous posons la question suivante  : est-ce qu’aujourd’hui la manière de produire un livre ne compte pas plus, ou autant, que les idées qu’il contient  ? Ou pour le dire autrement, pourquoi semble-t-il à ce point accessoire de mettre en cohérence medium et media dans la production d’un livre  ?

(...)

La suite à télécharger ici :

http://les451.noblogs.org/post/2012/11/22/la-querelle-des-modernes-et-des-modernes/

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  • "nous proposons de renverser cette idée reçue qui voudrait que seul le message contenu dans un écrit compte (...) nous nous posons la question suivante  : est-ce qu’aujourd’hui la manière de produire un livre ne compte pas plus, ou autant, que les idées qu’il contient  ?" Vous êtes sérieux ?

  • Appel des 451, suite : La querelle des modernes et des modernes 4 décembre 2012 00:46, par m’avez-vous bien lu-dites ?

    Ca faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu d’initiatives magouillardes pour fourguer de la vieille morale conservatrice dans un nouveau packaging. Heureusement le monde du livre et de l’écrit est plus réactif que le milieu militant. On y reviendra.

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