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Grève de la faim collective dans les centres de rétention polonais

mercredi 17 octobre 2012
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Centre de Biala Podlaska Hier, 73 demandeurs d’asile détenus dans les centres de détention de Bialystok, Przemysl, Lesznowola et Biala Podlaska en Pologne ont démarré une grève de la faim pour protester contre les motifs et les conditions de leur détention. Il y a une semaine, l’un d’eux avait été placé à l’isolement pour s’être mis en grève de la faim, les autorités du centre déclarant que celui-ci ne sortirait de la cellule d’isolement que lorsqu’il déciderait de s’alimenter. Les autorités en charge du centre punissent ainsi ceux qui tentent de se révolter contre le traitement qui leur est infligé. Dans le centre de Przemysl, un homme se trouve ainsi à l’isolement alors qu’il est en grève de la faim depuis un mois !

Immédiatement après le lancement de la grève collective à Bialystok, un homme a été placé à son tour à l’isolement et l’ensemble des téléphones portables a été saisi par les autorités du centre pour empêcher les grévistes d’alerter sur leur situation à l’extérieur.

Des soutiens extérieurs s’organisent dés à présent pour communiquer les déclarations des grévistes aux médias et demander à des avocats d’effectuer une veille à l’intérieur des centres. Une conférence de presse se tient ce mercredi 17 octobre à Varsovie.

La situation dans les centres de rétention polonais est préoccupante. Étant placés jusqu’à un an en détention, les demandeurs d’asile sont soumis à un régime de type carcéral et doivent se plier à quantité de mesures portant atteinte à leur liberté et à leur dignité. Le régime de détention polonais participe ainsi pleinement à la criminalisation et à l’exclusion des étrangers.

Les déclarations des grévistes et de leurs soutiens sont les suivantes :

Grève de la faim de masse dans les centres pour étrangers

Soixante-treize personnes placées dans les centres surveillés pour étrangers de Bialystok, Biala Podlaska, Przemysl et Lesznowola ont décidé de mener une grève de la faim. Ce n’est pas la première fois que des demandeurs d’asile placés en détention manifestent, mais pour la première fois des informations concernant leur grève sont accessibles au public. Jusqu’à présent, les grévistes étaient placés à l’isolement et punis de diverses manières, sans que la population en soit informée. Les détenus exigent entre autres : le droit à l’information dans une langue qu’ils comprennent, le droit de communiquer avec le monde extérieur, le droit aux soins médicaux, à l’éducation des enfants et des mineurs détenus, le respect des droits des enfants, l’amélioration des conditions sociales à l’intérieur des centres, la fin des mauvais traitements et des violences, l’arrêt de la criminalisation des demandeurs d’asile.

Les demandeurs et demandeuses d’asile ont décidé de frapper ensemble, dans plusieurs lieux de détention polonais, en espérant que leur voix ne sera pas ignorée et occultée par les médias.

En août 2008, 21 Géorgiens détenus à Biala Podlaska avaient protesté contre la durée excessive des procédures. En 2010, 37 réfugiés du centre surveillé de Przemysl ont mené une grève de la faim pour exiger l’amélioration des installations et l’accès aux soins médicaux. En décembre 2009, un groupe d’environ 200 Tchétchènes et de Géorgiens a pris le train pour Strasbourg, siège du Conseil européen et du Parlement européen pour protester contre les politiques de l’Union européenne envers les demandeurs d’asile. Les banderoles suspendues aux fenêtres du train indiquaient qu’ils avaient fui les persécutions, demandaient de l’aide et indiquaient « Nous sommes des êtres humains ». Ils avaient cependant été arrêtés à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne. De plus, dans les centres polonais des grèves individuelles sont constamment occultées, mises sous silence et brutalement réprimées par les gardes.

Les détenus, choisissant de protester sous la forme d’une grève de la faim dans les centres surveillés pour étrangers polonais, ont communiqué leurs revendications :

"Nous exigeons :

Le droit à l’information, transmise dans une langue que nous comprenons et avec clarté ; l’information sur les activités et les ordonnances prises, pendant le séjour en détention, y compris les informations relatives aux possibilités de recours contre les délais de placement en détention. Il est de notre droit en vertu des articles 89b et 89c de la Loi sur l’octroi de la protection aux étrangers. Dans les faits, les instructions et les jugements sont traduits, mais pas les justifications (motivations du jugement), ce qui, dans la pratique rend très difficile la formulation des recours et entrave l’utilisation des moyens légaux à notre disposition. Parfois, il n’est même pas laissé suffisamment de temps pour prendre connaissance des règles en vigueur dans les centres. En outre, il est rarement donné la possibilité de bénéficier d’un interprète professionnel en centre d’admission, de consulter un médecin spécialiste ou un psychologue.

Le droit de communiquer avec le monde extérieur, à savoir avec des personnes et des organisations officielles et non-gouvernementales ou internationales engagées dans l’assistance aux étrangers (conformément à l’article 89a de la loi sur l’octroi de la protection aux étrangers). En outre, les centres ne disposent pas de téléphone ou d’Internet, ce qui constitue une autre entrave à la constitution des recours dans le cadre de nos démarches.

Le droit à des soins médicaux adéquats, à l’assistance de psychologues spécialisés et à la présence d’un interprète lors des consultations et de l’accomplissement des formalités relatives aux soins de santé.

Le droit à l’éducation, qui, au nom de l’article 70 de la Constitution et de l’article 15. 1 de la Loi sur le système éducatif, s’appliquant à toutes les personnes de moins de 18 ans, établit que tous les enfants présents sur le territoire de la République de Pologne, quel que soit leur statut juridique, y compris les étrangers séjournant en Pologne illégalement, sont tenus d’apprendre et que l’éducation est obligatoire jusqu’à l’obtention du diplôme d’études secondaires. Dans les faits, le droit à l’éducation dans les centres surveillés est illusoire. Les centres de détention n’assurent pas aux enfants et aux jeunes le droit à l’éducation conformément aux exigences de la Loi sur le système éducatif.

Le respect des droits de l’enfant Les enfants sont particulièrement vulnérables au placement dans un espace confiné en centres de détention pour étrangers où s’applique une discipline pénitentiaire, adultes et enfants étant traités comme des personnes reconnues coupable d’un crime. La seule alternative à la liberté se limite à des temps de sortie dans une cour murée. Les conditions dans lesquelles ils résident dans les centres de rétention pour étrangers violent l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme relative aux enfants et la Convention des droits de l’enfant sur le droit au développement, le droit à la liberté, à la santé, au repos et aux loisirs. Nous exigeons la fin de la pratique consistant à placer des enfants en centres de détention.

L’amélioration des conditions sociales des centres. Nous demandons le respect des spécificités de notre identité morale, religieuse et culturelle et la mise en place de conditions nous évitant les sentiments d’humiliation et les discriminations et garantissant le respect de la diversité de nos communautés d’origine.

La lutte contre les abus. Quotidiennement, des abus sont commis dans la plupart des centres. L’utilisation de la violence psychologique et du chantage est une pratique courante et il existe des cas de violence physique et de harcèlement sexuel sur les femmes. Des sanctions disproportionnées sont appliquées pour des infractions au règlement et des entorses mineures peuvent amener assez facilement à l’isolement. Sans compter le retrait des matelas de la chambre durant la journée, les confiscations de téléphones, l’interruption de l’achat de nourriture, l’interdiction de fumer, etc. Les sanctions ne manquent pas de concerner également les enfants : dans un centre il leur a été refusé l’accès aux jeux et à l’utilisation de la salle de jeux, qui est pourtant le seul lieu convivial pour eux. Les autorités des centres exploitent le fait que l’information sur tous les événements se déroulant à l’intérieur ne sortent pas des murs du centre. Les victimes, dans la crainte d’un examen négatif de leur dossier et de la répression ont peur de parler des abus.

L’arrêt de la criminalisation. Conformément à la loi, nous ne sommes pas placés dans des centres fermées pour être sanctionnés mais pour que le le lieu de notre séjour soit contrôlé. Nous n’avons pas commis de crime et ne mettons pas en danger la sécurité de l’État ou de ses citoyens. Les centres fermés ne diffèrent pas de prisons, avec des barreaux aux fenêtres, des barbelés, des murs élevés et appliquant un régime pénitentiaire, avec un accès limité aux soins et à l’éducation, ce qui constitue clairement une violation de nos droits fondamentaux et aggrave le traumatisme qu’ont subi la plupart d’entre nous dans leur pays d’origine. Conformément à l’article 88 de la Loi sur la protection des étrangers, l’étranger dont l’état psychophysique crée une présomption selon laquelle il a été soumis à des violences ne doit absolument pas être placés en détention. En fait, l’état de notre santé mentale n’est pas vérifiée de manière sûre et il y a dans chacun des centres des personnes (enfants compris) souffrant de syndromes de stress post-traumatiques.

Vendredi, la députée au Parlement du mouvement Palikot, Mme Wanda Nowicka, a fait part de sa préoccupation concernant la situation dans les centres dans une lettre adressée au commandant en chef des gardes-frontière, le général Dominik Tracz, où elle a écrit entre autres : « Nous allons élaborer une proposition visant à créer une équipe parlementaire pour enquêter sur ces allégations ». Ce mercredi 17 octobre 2012 à 12h00 se tiendra une conférence de presse sur ce sujet.

Pour plus d’informations : https://protestuchodzcow.wordpress.com/

Contact : 506778918

Groupe d’appui aux demandeurs d’asile en grève

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