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Elections présidentielles au Venezuela : le “chavisme” et les partis d’opposition

lundi 8 octobre 2012
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Elections présidentielles au Venezuela : le “chavisme” et les partis d’opposition contre les travailleurs

Nous publions ci-dessous la traduction d’un article écrit par Internacionalismo, notre section au Venezuela.

Les élections présidentielles du 7 octobre au Venezuela représentent un moment de tension maximale entre les fractions bourgeoises que sont les chavistes et les partis d’opposition. Ces derniers, regroupés dans la Mesa de la Unitad Democrática () (MUD), ayant choisi Henrique Capriles pour candidat, comme le pouvoir officiel misant sur son candidat à perpétuité, Hugo Chàvez, qui dispose de l’appareil de son parti et de centaines de millions de bolivars (), tentent de mobiliser et de gagner des voix, principalement parmi les masses ouvrières épuisées depuis l’arrivée du régime chaviste au pouvoir, par treize années d’affrontements politiques.

Décomposition et crise en toile de fond de la “bataille finale”

L’ascension de Chavez fut le produit de la décomposition de la bourgeoisie vénézuélienne, principalement des forces politiques qui ont gouverné le pays jusqu’à son accession au pouvoir en 1999. En raison de sa forte popularité, divers secteurs du capital l’ont appuyé avec, alors, pour objectif de lutter contre le niveau élevé de corruption, de rétablir la crédibilité des institutions et, par dessus tout, celle du gouvernement, c’est-à-dire d’améliorer le système d’oppression et d’exploitation dans l’intérêt de la nation et de la bourgeoisie. Les forces d’opposition, bien qu’affaiblies, sont rapidement entrées dans un rapport de force avec le régime, notamment lors du coup d’Etat en 2002 () et l’arrêt de la production pétrolière à la fin de la même année, ce qui s’avéra finalement infructueux et renforça le pouvoir de Chavez, se traduisant par sa réélection en 2006. 

Après plus d’une décennie de chavisme, la crise a poussé les différentes fractions de la bourgeoisie à se disputer le pouvoir central de l’Etat. Les forces d’opposition bénéficient en effet de la baisse de popularité du régime liée à deux causes principales  :

• La décomposition croissante du régime chaviste, que nous caractérisions ainsi dans un précédent article d’Internacionalismo  : “De nouvelles élites civiles et militaires se sont constituées et trustent les postes au sommet de la bureaucratie Etatique. Elles ont échoué dans leur objectif de surmonter les problèmes accumulés par les gouvernements précédents bien plus occupées par leurs intérêts personnels et le partage du butin de la manne pétrolière, provoquant une croissance exponentielle de la corruption et un abandon progressif de la gestion de l’Etat. Cette situation, doublée de la mégalomanie du régime chaviste et de sa prétention d’étendre la “révolution bolivarienne” au niveau de tout le continent latino-américain, a peu à peu vidé les caisses de l’Etat. Elle a également exacerbé les antagonismes politiques et sociaux qui ont élevé l’incapacité de gouverner à un niveau bien pire que dans les années 90.”

• L’intensification de la crise du capitalisme en 2007 a joué contre les aspirations du régime chaviste d’implanter son projet de “socialisme du xxi siècle”. Bien que Chavez, comme les autres gouvernements, ait déclaré que l’économie vénézuélienne était “blindée”, la réalité est que la crise mondiale du capitalisme a permis de redécouvrir la fragilité historique de l’économie nationale  : elle varie en fonction des prix du pétrole. A cela s’ajoute le fait que les plans populistes ont été possibles grâce aux attaques sur les salaires et à la réduction ou à la suppression des “acquis” comme les conventions collectives que le chavisme avait pourtant octroyé comme “pourboire” aux travailleurs.

La stratégie du candidat d’opposition, Henrique Capriles, basée sur des tournées quotidiennes sillonnant les villes et les villages du pays, “maison par maison”, cherchant à exploiter l‘abandon social des laissés-pour-compte et les échecs du chavisme, ont permis, selon certaines enquêtes d’opinion, une remontée en flèche dans les sondages de sa candidature. Sa tactique consistant à proposer des programmes sociaux, populistes et semblables à ceux du chavisme, tout en évitant la confrontation directe, a donné des résultats. Cependant, Hugo Chavez insiste sur les pseudo-réussites de son projet en direction des pauvres et sur sa qualité de “gardien de l’ordre nécessaire” contre l’anarchie qui pourrait frapper le capital vénézuélien dans son ensemble.

Le chavisme, malgré toutes ses faiblesses (perte de gouvernements de province, conflits d’intérêts dans ses propres rangs, maladie de Chavez, etc.), n’envisage pas d’abandonner le pouvoir et, ces derniers mois, n’a négligé aucun détail dont l’opposition pourrait tirer avantage  : inscription obligatoire des employés du secteur public au Parti Socialiste Uni du Venezuela (), obstacles dressés contre le vote des résidents à l’étranger, particulièrement à Miami et en Espagne, neutralisation des partis qui soutiennent l’opposition (PODEMOS, PPT, COPEI) à travers des condamnations prononcées par le Tribunal supérieur de justice, etc. A cela s’ajoute le contrôle exercé sur les médias et les moyens de communications qui offrent à Chavez un avantage décisif sur le plan de la propagande électorale.

Chavez a également élaboré d’autres stratégies pour l’emporter en cas d’échec aux élections. Il a notamment déjà annoncé que l’opposition prépare un plan pour dénoncer une fraude électorale... Pour mener à bien cette stratégie, il s’appuie comme toujours sur le pouvoir d’Etat et parti­culièrement sur l’armée, qui a abandonné son statut de “force professionnelle au service de la nation, non décisionnelle et apolitique” pour se convertir en “force patriotique, anticapitaliste, anti-impérialiste et chàviste”. En ce sens, on comprend la fréquence des menaces de Chavez et de son entourage contre les opposants.

Le parti au pouvoir accuse également l’opposition de refuser de reconnaître dès maintenant les résultats qui seront proclamés par le Conseil national électoral (CNE)  ; c’est pour cela que le gouvernement prétend donner l’alerte afin d’éviter que les opposants excitent la population quand le CNE annoncera le triomphe de Chavez. Pour sa part, l’opposition explique qu’elle ne peut pas donner un chèque en blanc au CNE, à la fois juge et partie, qui a sanctionné l’opposition mais qui n’a pas sanctionné les arrangements du pouvoir avec les règles qu’il avait pourtant imposées. En somme, il s’agit simplement d’un affrontement entre partis bourgeois où chaque clan utilise les ruses propres à sa classe pour assurer le meilleur rapport de forces possible à sa candidature.

Les travailleurs doivent rejeter toute division en leur sein

Le prolétariat vénézuélien doit rester sur ses gardes pour ne pas être la victime de cette “bataille finale” que se livrent les forces du capital national et dans lequel elles vont chercher à l’entraîner.

Le chavisme dispose d’armes idéologiques très puissantes pour mobiliser “les pauvres” et “les exclus” qui ont encore l’espoir que Chavez tiendra ses promesses, surtout celles sur les “Missions”, théoriquement dirigées “contre la bourgeoisie prédatrice, qui veut un retour au passé”. Mais, Chavez se prépare également à un affrontement armé en cas de nécessité. Il sait pouvoir compter sur la milice bolivarienne et sur les troupes de choc qui se sont constituées en différents “collectifs” aussi bien à Caracas qu’à l’intérieur du pays, armés par l’Etat lui-même.

Les forces d’opposition, de leur côté, bien qu’elles n’aient pas de stratégie publique en cas d’épreuve de force, ne vont pas rester les bras croisés. Parmi celles-ci, on trouve des partis traditionnels comme celui de la social-démocratie, Action démocratique, qui ont des décennies d’expérience dans l’organisation de “collectifs” armés. Dans les rangs de l’opposition, on trouve également des organisations de gauche qui ont soutenu le chavisme à ses débuts et qui connaissent parfaitement les méthodes d’affrontement.

Les travailleurs doivent avoir conscience qu’il est impossible de lutter contre la précarité et l’exploitation en changeant de gouvernement. La crise du capitalisme demeure et s’approfondira quel que soit le vainqueur, Chavez ou Capriles. Ce sont les mesures d’austérité et la précarité qui l’emporteront finalement.

Nous ne devons pas tomber dans le piège idéologique que nous tendent ceux qui prétendent que la confrontation électorale oppose le “communisme” et la démocratie, “le peuple” et la bourgeoisie. Chavez et Capriles défendent deux programmes capitalistes d’Etat, qui chacun s’appuie sur la même exploitation de la force de travail du prolétariat vénézuélien.

La dispute électorale est seulement un moment de la confrontation entre les différentes fractions du capital national. Le prolétariat doit éviter de se laisser prendre au jeu des conflits entre fractions bourgeoises. Il doit plutôt rompre avec l’idéologie démocratique, tirer les leçons de ses propres luttes, poursuivre son effort pour retrouver son identité de classe, son unité et sa solidarité.

Internacionalismo - Courant Communiste International - http://fr.internationalism.org

(1) Plateforme de l’Unité démocratique.

(2) Monnaie locale.

(3) Du 11 au 13 avril 2002, un coup d’Etat, mené par Pedro Carmona, a vainement tenté de destituer Chàvez.

(4) Le parti chaviste.

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