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Ni Chávez, ni opposition néo-libérale !

jeudi 27 septembre 2012
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Ni Chávez, ni opposition néo-libérale ! Pour une candidature ouvrière indépendante lors des prochaines élections au Venezuela !

Romain Lamel

Source :

http://www.ccr4.org/Ni-Chavez-ni-opposition-neo-liberale-Pour-une-candidature-ouvriere-independante-lors-des-prochaines-elections-au-Venezuela

Le 7 octobre prochain, de nouvelles élections présidentielles se tiendront au Venezuela. Le Président sortant, Hugo Chávez, cherche une troisième réélection. Les conditions de vie au Venezuela ont certes changé. De là à dire que les classes populaires ont réussi à voir quelle était la couleur du fameux « socialisme du XXIème siècle » promis depuis 2005 par Chávez, il y a cependant un pas. L’opposition de droite qui se présente face à lui propose de son côté les vieilles recettes néolibérales qui avaient frappé durement la population dans les années 1980 et 1990. Que peuvent faire les révolutionnaires face à cette fausse alternative ? Ce sont des questions autour desquelles bataillent au quotidien les forces d’extrême gauche vénézuéliennes qui refusent à cautionner la politique de Chávez et qui maintiennent leur indépendance politique à l’égard du parti « socialiste » bolivarien, le PSUV. Et ce sont les défis que relèvent, dans cette campagne, les camarades de la Ligue des Travailleurs pour le Socialisme (LTS), dont nous nous ferons ici l’écho [1].

En Europe, Hugo Chávez est surtout connu pour sa rhétorique révolutionnaire, ses diatribes anti-impérialistes, comme en septembre 2006 où il avait osé qualifier de « diable », de « menteur » et de « tyran » le président des Etats-Unis du moment, George W. Bush, depuis la tribune habituellement si consensuelle de l’ONU. Les récits des tentatives insurrectionnelles de l’opposition pour renverser son gouvernement ont contribué à créer le mythe d’un successeur des barbudos cubains à la tête de l’Etat vénézuélien. En effet, en avril 2002, un coup d’Etat militaire a renversé Hugo Chávez. Un gouvernement dirigé par le chef du patronat et reconnu par les seuls Etats-Unis et l’Espagne de José María Aznar destitue les élus en place et commence à réprimer les quartiers populaires vénézuéliens. Mais quarante-huit heures plus tard, c’est bien la contre-offensive spontanée des classes populaires et des quartiers les plus pauvres des villes, qui reçoivent bientôt le soutien de certains secteurs des Forces Armées, qui permet le rétablissement du gouvernement constitutionnel. Quelques mois plus tard, entre décembre 2002 et février 2003, les cadres de PDVSA, la grande entreprise nationale d’hydrocarbures dont le pays est un des plus importants producteurs, ainsi que le patronat, tentent de paralyser l’économie vénézuélienne. Souvent, les travailleurs rouvrent les usines et redémarrent les machines. L’industrie pétrolière est elle-même partiellement relancée. Un jeune ouvrier de 19 ans témoigne : « Nous sommes plus fiers que jamais. Maintenant, nous avons montré à nos chefs que nous pouvons faire fonctionner cette usine sans eux » [2]. Toutefois, le coup de force du patronat allié à la bureaucratie syndicale échoue. Le récit de ces événements (où le gouvernement a brillé par sa passivité) et l’engouement acritique d’une partie de la gauche radicale a contribué à construire la légende d’un Chávez anti-impérialiste et héros des classes populaires. Mais qu’en est-il vraiment ? Où en est la « Révolution bolivarienne » près de quatorze ans après la première élection d’Hugo Chávez ?

Une opposition toujours liée aux dogmes néolibéraux

S’il est un point sur lequel la légende se vérifie, c’est sur le caractère toujours réactionnaire de l’opposition vénézuélienne. Regroupés autour de la Table Ronde d’Unité Démocratique (MUD), l’opposition regroupe les anciens partis qui gouvernaient avant Chávez (AD, COPEI, MAS, Convergencia) et de nouveaux partis qui s’inscrivent néanmoins dans la même ligne politique (UNTC, PJ). Durant les deux décennies précédant l’accession au pouvoir d’Hugo Chávez, l’inflation multiplie les prix par 9, la part des salaires dans le revenu national diminue de cinq points, les inégalités augmentent et toutes les études montrent un approfondissement de la pauvreté. Face au reflux des cours du pétrole et à la crise de la dette qui secoue l’Amérique latine, les différents gouvernements vénézuéliens choisissent d’appliquer les injonctions des agences financières internationales. Les plans d’ajustement d’inspiration néolibérale se succèdent.

En février 1989, l’ancien président social-démocrate, Carlos Andrés Pérez revient au pouvoir avec les espérances d’un renouveau de l’Etat-Providence. Quelques jours après, il applique un plan cosigné avec le FMI, grevant durement les conditions de vie des classes populaires vénézuéliennes : réduction du contrôle des prix, de l’intervention de l’Etat, des salaires et introduction d’un impôt sur la vente. Une semaine de révoltes réprimées au prix de centaines de morts agite alors le Venezuela.

Rafael Caldera, appuyé par un certain nombre de militants syndicaux ainsi que par le Parti Communiste Vénézuélien, remplace alors Carlos Andrés Pérez et renie également ses promesses de campagne anti-libérales. Il prend en charge la quasi-totalité du système bancaire privé, pour un coût estimé de plus de 8,5 milliards de dollars, soit 75 % du budget national de 1994. Le secteur bancaire est ensuite, peu à peu, repris par le capital étranger. Rafael Caldera finit lui aussi par mettre en œuvre un plan de réformes d’inspiration néolibérale, l’Agenda Venezuela en 1996. Le régime politique est à l’agonie, ce qui s’explique notamment par une crise économique latente depuis deux décennies, des révoltes massives comme le Caracazo, les désillusions créées par l’élection de Caldera et le mépris pour une élite politique dont la corruption est notoire et dont le prestige a été mis à mal par les coups d’Etat de 1992. On comprend alors les raisons de la victoire de Chávez aux élections en 1998, après son coup d’Etat raté contre ce régime corrompu en 1992. L’opposition vénézuelienne continue néanmoins à revendiquer jusqu’aujourd’hui son bilan, celui d’une « démocratie » cogérée entre deux partis pendant quatre décennies avec l’application de plans d’ajustement pendant les deux dernières.

La trajectoire du candidat à l’élection présidentielle de 2012 prouve la continuité du camp social choisi par cette coalition électorale. Henrique Capriles Radonsky est l’héritier du groupe Capriles, puissante entreprise agro-alimentaire et qui étend son empire aux médias, avec plusieurs journaux de diffusion nationale comme Últimas Noticias, et contrôle aussi une maison d’édition…En avril 2002, il participe à la tentative de coup d’Etat en allant à l’assaut de l’ambassade de Cuba en tant que maire d’un des quartiers les plus bourgeois de Caracas, ce qui lui vaut quatre mois de prison par la suite. Aujourd’hui gouverneur d’un des Etats les plus riches du Venezuela, il souhaite s’affirmer comme un modéré, maintenir les programmes sociaux du président Chávez et revendique la filiation politique de Lula. Mais, chassez le naturel, il revient au galop ! Le 1er mai dernier, alors qu’il était interrogé sur sa possible participation aux traditionnelles manifestations, il n’a pas manqué de souligner : « Je suis un employeur et ça ne correspond pas à mon rôle de participer » expliquant que, pour lui, en matière sociale, l’important est qu’« un gouvernement génère de la confiance pour qu’il y ait de l’investissement » [3]. La promesse de « désidéologiser la Chancellerie », en l’occurrence le ministère des Affaires étrangères, relève de la même servilité à l’égard du capital, étranger dans ce cas.

L’impasse de la « Révolution » bolivarienne

Si l’opposition est clairement le porte-parole d’une classe sociale aisée, la légende d’un Hugo Chávez héros des classes populaires relève d’un romantisme européen éloigné de la réalité vénézuélienne. L’épisode le plus connu de cette exaltation, le récit du coup d’Etat militaire d’avril 2002 mérite d’être relativisé. Après son rétablissement au pouvoir, au lieu de profiter du nouveau rapport de forces à l’œuvre dans le pays, Hugo Chávez appelle à la réconciliation avec l’opposition putschiste. Il va même plus loin le 31 décembre 2007 en amnistiant les auteurs des deux tentatives insurrectionnelles. Lors de la tentative de paralysie de l’économie vénézuélienne, les travailleurs ont résisté et ont réussi à vaincre la déstabiliation de l’opposition qui souhaitait maintenir sa grève « jusqu’à ce que Chávez tombe ». Si cet épisode a désorganisé l’opposition en général et le patronat en particulier, il n’a pas débouché sur une auto-organisation plus développée des travailleurs. Le chavisme l’a empêché par la création d’une nouvelle centrale syndicale, liée au pouvoir, puis par la création du parti socialiste bolivarien qui est un appendice du gouvernement au sein du mouvement populaire, le PSUV.

A la suite des deux tentatives de putsch réactionnaire, le gouvernement a mis sur pied les « Missions », permettant une nette amélioration des conditions de vies du peuple pauvre des barrios en termes d’éducation, de santé et d’alimentation, etc. En bonne mesure assistancialistes, ces décisions laissent peu de place à l’initiative populaire à la base, mais ont néanmoins permis une résorption rapide d’une partie de la pauvreté (- 18 points en seulement 4 ans). Toutefois, les structures de l’économie vénézuélienne restent dirigées par la même élite. L’entreprise pétrolière, PDVSA, licencie tous les cadres d’opposition mais ne met pas en place un mode de gestion où les travailleurs auraient un pouvoir décisionnaire. Une nouvelle direction, pro-gouvernementale, est mise en place sans rien changer aux liens hiérarchiques. Autour de 1 200 entreprises sont occupées par leurs travailleurs. Dans quelques cas, le gouvernement promeut un modèle de cogestion comme à INVEPAL, entreprise de production de papier, INVETEX, dans le secteur textile ou INVEVAL, qui produit des valves pour l’industrie pétrolière.

Face à l’impasse que représentent ces expériences, les ouvriers d’une usine de production de sanitaires (Sanitarios Maracay) réclame, en novembre 2006, la nationalisation sous contrôle ouvrier, que l’Etat garantisse les droits sociaux et l’approvisionnement en matière première et que les travailleurs gèrent démocratiquement le quotidien de l’établissement. Après neuf mois d’occupation, de répression gouvernementale, le gouvernement réussit à manœuvrer avec l’ancien patron pour récupérer le contrôle de l’entreprise et finit par la nationaliser plusieurs années plus tard, sous contrôle gouvernemental. Cet épisode est caractéristique de l’incapacité du chavisme, malgré tous les discours proclamant le contraire, à inclure le mouvement ouvrier dans sa dynamique et à prendre en compte la participation à la base, si ce n’est de façon intégrée, verticaliste et bureaucratisée. Quelques exemples suffiront à illustrer ce rapport. Quand, dans la succursale de Mitsubichi à Barcelona, les travailleurs se battent contre un plan de licenciement, en janvier 2008, la police de l’Etat de Anzoátegui dont le gouverneur est inscrit au PSUV, le parti d’Hugo Chávez, assassine deux travailleurs. Le cas de Rubén González est également tout à fait emblématique. Leader syndical dans une entreprise minière de fer, Ferrominera, González est un militant du PSUV. En juin 2009, il dirige une grève d’une quinzaine de jours pour la renégociation des conventions collectives, problème récurrent ces dernières années. En septembre 2009, il est emprisonné pour « délit d’attroupement, incitation à la délinquance, violation de la zone de sécurité et restriction de la liberté du travail ». Après dix-sept mois de détention, il est condamné à sept ans et demi de prison puis libéré quelques jours plus tard sans être amnistié de toute poursuite. En juillet dernier, González a emporté à nouveau la direction du syndicat de Ferrominera malgré les pressions du gouvernement. Il vaut décidément mieux être putschiste que dirigeant syndical pour bénéficier de la clémence gouvernementale !

Ces cas sont les plus emblématiques d’une pratique représentative du divorce relatif entre le gouvernement et les classes populaires, qui n’empêchera pas une troisième réélection de Chavez à la tête de l’Etat mais pose avec d’autant plus d’acuité la question de l’organisation des révolutionnaires et de l’avant-garde ouvrière de manière indépendante de l’appareil chaviste. Hugo Chávez favorise depuis le début de son mandat l’augmentation de ses propres pouvoirs plutôt que l’émancipation autonome des classes populaires, et le mécontentement social grandit. Ces cinq dernières années sont, selon l’organisation non-gouvernementale PROVEA, les années où les manifestations pacifiques ont été les plus nombreuses depuis son arrivée au pouvoir. Les scandales se multiplient : découverte de 130 000 tonnes de nourriture en putréfaction détournées par des membres des plus hautes sphères de l’Etat au printemps 2010, explosion d’une raffinerie pétrolière malgré les alertes de sécurité répétées de dirigeants syndicaux indépendants en août dernier. Ces épisodes témoignent d’une tendance à la coupure entre l’élite et la base populaire. Au sein du chavisme, une partie de la société s’enrichit et forme une nouvelle bureaucratie d’Etat ainsi qu’un patronat dépendant de contrats publics, appelé « bolibourgeoisie », raccourci de « bourgeoisie bolivarienne ».

Un axe de la rhétorique gouvernementale se concentre alors sur la défense de la patrie vénézuélienne. Le slogan de la campagne présidentielle du candidat Chávez est d’ailleurs « Chávez, cœur de ma patrie ». Mais « l’ anti-impérialisme » du président Chávez souffre depuis quelques années de quelques entorses importantes. Alors que, depuis 1975, le gouvernement vénézuélien demeurait seul propriétaire de l’industrie pétrolière, il signe depuis mars 2006 des dizaines de contrats d’entreprises mixtes pour l’exploration et la production de pétrole au Venezuela. Interlocuteur des FARC dans les négociations pour la libération d’Ingrid Betancourt, Hugo Chávez est devenu le « nouveau meilleur ami » du président colombien Juan Manuel Santos au pouvoir, et lui livre régulièrement des guérilleros ou des anciens guérilleros depuis avril 2011.

Ni défenseur des travailleurs, ni fervent combattant anti-impérialiste, Hugo Chávez est devenu, au fil des années, le chef d’Etat d’un processus politique de plus en plus institutionnalisé. Les réponses politiques à son affaiblissement électoral prouvent l’impasse que représente pour les révolutionnaires le processus chaviste. Pour les élections législatives de septembre 2010, alors que le chavisme a obtenu moins de la moitié des suffrages exprimés, la loi électorale a été opportunément modifiée pour permettre au gouvernement d’obtenir une majorité plus nette qu’espérée. Au cours de la campagne actuelle, une politique de logement sensée résorber des décennies de pénurie est développée de manière plus ou moins clientéliste. Chaque fois, ce sont des réponses conjoncturelles, octroyées par le gouvernement, qui ne règlent pas le problème politique de l’affaiblissement du chavisme. Le cancer dont souffre Hugo Chávez depuis juin 2011 pourrait précipiter la fin de ce processus politique reposant principalement sur la légitimité charismatique du leader.

A l’instabilité politique et sociale des années 80 et 90, à l’image du Caracazo, à la situation potentiellement révolutionnaire de 2002 – 2003 où les travailleurs contrôlaient certaines usines, le gouvernement Chávez a opposé une voie qui ne mènera au socialisme ni au XXIème, ni au XXIIème siècle. Face à ces sérieux périls, le gouvernement a maintenu les structures de l’économie vénézuélienne et appliqué sa méthode, l’imposition par en haut plutôt que l’auto-organisation par en bas. Le taux de pauvreté a sans aucun doute baissé au Venezuela mais le chemin pour l’abolir durablement est bouché par les propres forces du gouvernement. Hugo Chávez lui-même ne se trompait pas lorsqu’il déclarait cet été pendant la campagne électorale « que cela convenait à la bourgeoisie » qu’il soit réélu parce qu’il « garantissait aux riches de pouvoir continuer leur vie tranquillement » [4].

Pour une candidature ouvrière indépendante !

Cet automne verra sans aucun doute la réélection d’Hugo Chávez face à l’absence d’une alternative mobilisatrice pour un secteur majoritaire de la population. Le président sortant et Henrique Capriles emporteront vraisemblablement a eux deux la quasi-totalité des suffrages. La polarisation politique au Venezuela est telle en effet que lors du dernier scrutin, Hugo Chávez et son opposant de droite avait réuni sous leurs noms 99,76 % des suffrages exprimés. Pourtant, face au danger réactionnaire de l’opposition s’inscrivant toujours dans le cadre du néo-libéralisme et face à l’impasse que représente pour les classes populaires ladite « Révolution bolivarienne », une voie alternative est nécessaire.

C’est en ce sens que pour les élections du 7 octobre prochain, les camarades de la LTS appellent les travailleurs et les jeunes à porter leur suffrage sur la candidature d’Orlando Chirino. Après les tentatives insurrectionnelles de l’opposition de 2002 – 2003, une centrale syndicale alternative est créée, l’Union Nationale des Travailleurs. Orlando Chirino, militant ouvrier combatif de longue date, en devient l’un des 21 coordinateurs nationaux. Il y constitue la tendance C-CURA, Courant Classiste Unitaire Révolutionnaire et Autonome. Lors du 2ème Congrès de l’UNT, ce courant est majoritaire mais l’élection d’Orlando Chirino à la tête de la centrale syndicale est empêchée par les tendances les plus subordonnées au gouvernement. Chirino continue pourtant à l’époque à soutenir sans réserve le Président Chávez, malgré quelques revendications d’autonomie syndicale [5]. En décembre 2007, Chirino appelle à l’abstention lors de la réforme constitutionnelle permettant la réélection illimitée du président de la République et, en représailles du gouvernement, est licencié de PDVSA. Sa candidature à l’élection présidentielle marque donc un positionnement politique s’opposant aux candidatures « bourgeoises » de Chávez et Capriles.

La LTS a souvent été en désaccord avec la ligne défendue par Chirino et son organisation, le PSL, notamment dans son mouvement de balancier entre opposition et soutien à Chávez puis, après 2007, un rapport parfois problématique avec plusieurs secteurs syndicaux de l’opposition antichaviste bourgeoise [6]. Il y a cependant dans la candidature d’Orlando Chirino les mêmes caractéristiques essentielles que les travailleurs et les jeunes radicalisés ont reconnues dans la candidature de Philippe Poutou : une perspective anticapitaliste et la candidature d’un militant ouvrier. C’est en ce sens que la LTS soutient et fait la campagne de Chirino. C’est en ce sens aussi que le positionnement de plusieurs courants se revendiquant du trotskysme au Venezuela est des plus problématiques. On connaît celui de Marea Socialista, le plus important sans doute, qui entretient de très bonnes relations avec la Gauche Anticapitaliste en France, qui est à l’intérieur du PSUV et fait campagne pour Chávez. C’est un positionnement qui est également partagé par le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale dont nombre de camarades au sein du NPA sont issus ou se revendiquent.

Comme le disait Karl Marx, « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Un siècle et demi plus tard, en France comme au Venezuela, cette maxime garde la même actualité. Les travailleurs doivent se représenter eux-mêmes. Ce ne sont ni des professionnels de la politique à la rhétorique « révolutionnaire » ni des pantins plus classiques de la bourgeoisie qui peuvent accomplir cette tâche. Les discours à la Chávez peuvent paraître compatibles avec les luttes des classes populaires tant que les Chávez en question sont dans l’opposition. Pourtant, les quatorze années de gouvernement d’Hugo Chávez sont instructives sur leurs agissements une fois au pouvoir. La volonté d’empêcher toute auto-organisation à la base, de préserver la continuité de l’Etat et des structures économiques font tomber les masques : une société socialiste ne verra pas le jour dans ces conditions… Ce constat établi, les révolutionnaires ont une seule solution : organiser indépendamment leurs propres forces avant que l’opposition de droite ne succède aux réformistes de gauche pour rogner les maigres concessions accordées. C’est le combat que mène aujourd’hui la LTS au Venezuela à travers la campagne de Chirino et qui devrait être soutenu ici par l’ensemble du NPA.


Le Caracazo : le jour où les pauvres sont descendus des barrios !

Le 27 février 1989, le doublement du prix de l’essence entre en vigueur dans tout le pays. A l’aube, dans les centres de transport collectif des principales villes du pays, les usagers, surtout les étudiants, résistent, occupent les gares routières, fraternisent avec les travailleurs informels. La police, dépassée par la situation, reste spectatrice alors que la population commence à fait irruption dans les centres commerciaux, bloque le trafic routier, crie des slogans contre l’augmentation des prix…C’est le début du Caracazo. Ce n’est que le lendemain soir que le Président de la République déclare l’état de siège pour les jours suivants. Une répression implacable s’abat contre la population et surtout contre les habitants des quartiers populaires de Caracas. En une semaine, on estime qu’un millier de personnes sont assassinées par les forces de l’ordre. Cette vague de révoltes réprimée dans le sang, est l’origine du discrédit qui va frapper les élites politiques du moment et précipiter l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir.

[1] La LTS est le groupe de la Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale au Venezuela. Elle publie le journal En Clave obrera (http://www.lts.org.ve/)

[2] The New York Times, 29 décembre 2002

[3] http://laclase.info/nacionales/capriles-no-marcha-los-primeros-de-mayo-porque-representa-los-patronos-y-no-los-trabajado

[4] http://laclase.info/nacionales/chavez-los-ricos-les-conviene-mi-victoria

[5] A l’époque Chirino défend cette orientation au nom de son opposition aux vieux dirigeants syndicaux qui « continuent de s’occuper de la négociation des contrats de travail, des revendications minimes des travailleurs, mais n’ont aucune perspective politique pour lutter effectivement pour un modèle social nouveau et supérieur. En ce sens, je crois qu’ils ne comprendront jamais ce qu’est le Socialisme du XXIème Siècle que propose le Président Chávez ». Voir O. Chirino, Orlando Chirino…Responde, Caracas, Instituto Municipal de Publicaciones, 2005, p. 16.

[6] Le Partido Socialismo y Libertad est l’organisation de la UIT-QI moréniste au Venezuela.

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