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En Syrie, les grandes puissances gesticulent, les massacres continuent

lundi 17 septembre 2012
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Voilà plus d’un an et demi que les politiciens occidentaux de tous bords et les médias se penchent avec compassion sur le sort de la population syrienne. On n’entend plus partout que cette incessante litanie  : Bachar el-Assad est responsable de “crimes contre l’humanité”. Et en effet, les tueries en règle opérées par le régime syrien s’accumulent avec une effrayante régularité et se sont même notablement accélérées cet été, malgré les appels de l’ONU à cesser les combats. “Droit dans ses bottes”, le dictateur de Damas poursuit une œuvre de mise au pas et de destruction de la “rébellion” syrienne avec détermination, déclarant récemment que “cela [la guerre actuelle] nécessite encore du temps” et que la vague d’exil est au fond “une opération d’auto-nettoyage de l’Etat, premièrement, et de la nation en général”.

Depuis le 15 mars 2011, selon l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme, on dénombre 23 000 morts. Et combien des 200 000 blessés resteront estropiés à vie, ou ne survivront pas à leurs blessures  ? Il faut dire qu’Assad leur laisse peu de chances, puisque c’est jusque dans les hôpitaux qu’il bombarde et envoie ses troupes pour mieux écraser et terroriser. Al-Qoubir, Damas, Rifha, Alep, Deraâ, dernièrement Daraya, etc., toutes ces villes-martyres sont le symbole de la brutalité extrême qui se répand dans tout le pays.

S’ajoute à cela une situation de catastrophe humanitaire. Les vivres, le lait pour les enfants, les médicaments (quant aux soins, n’en parlons pas), l’eau manquent de façon catastrophique dans la plupart des villes et dans des régions entières. Les maisons sont détruites en masse et un grave manque d’abris se fait déjà sentir. Les coupures d’électricité durent souvent de 4 à 5 jours pour revenir à peine une heure comme à Alep.

Fuyant les combats et les exactions de l’armée d’Assad mais aussi de l’Armée Syrienne de Libération, de plus en plus pointée du doigt comme responsable de certains massacres, près de 300 000 personnes ont pris la route de l’exil. Que ce soit au Sud de la Syrie, vers le Liban et la Jordanie, au Nord vers la Turquie, et même en Irak, des masses de réfugiés s’agglutinent dans des camps de misère, dans l’attente désespérée de revenir un jour chez eux... où tout est détruit.

Au total ce serait plus de 2,5 millions de personnes, femmes, enfants, personnes âgées, qui sont selon l’ONU en “situation de détresse”.

Evidemment, ces chiffres alarmants sont un prétexte à verser des flots de larmes de crocodile pour les sensibles dirigeants de la planète. On pouvait par exemple entendre, entre autres, Fabius, ministre des Affaires étrangères français, clamer qu’il s’agissait d’une “situation intolérable et inacceptable”. On ne pourrait qu’applaudir des deux mains ces fortes paroles paraissant l’expression d’une révolte légitime devant tant d’horreurs, et accourir apporter son obole au fonds de l’ONU pour la Syrie, s’il ne s’agissait pas d’une lamentable et cynique mascarade.

Le 27 août dernier, François Hollande déclarait  : “Je le dis avec la solennité qui convient  : nous restons très vigilants avec nos alliés pour prévenir l’emploi d’armes chimiques par le régime [syrien] qui serait pour la communauté internationale une cause légitime d’intervention directe.” Cette intervention emboîtait le pas à celle de Barack Obama qui avait affirmé peu avant que cette question de l’utilisation des armes chimiques constituerait une “ligne rouge” et une raison d’envoyer des troupes contre l’Etat syrien. Autrement dit, tant que les tueries se font à l’arme “traditionnelle”, autrement dit “à la loyale” (!), ça va, c’est “honnête”, c’est de “bon aloi”. Mais attention à la “ligne rouge”  !

La tartufferie infecte de la bourgeoisie se montre une fois de plus à l’envi dans cette situation dramatique. Ils menacent tous d’intervenir depuis de longs mois, pour ne pas être en mesure de faire quoi que ce soit, les passades diplomatiques se succédant les unes aux autres, plus hypocrites les unes que les autres. Et même s’ils intervenaient, ce ne serait en aucun cas pour soutenir la population mais pour ouvrir la porte à une nouvelle foire d’empoigne dont les Syriens feraient inévitablement les frais et cela ne constituerait qu’une escalade dans l’horreur.

Car cette guerre de prétendue “libération” ou de “lutte pour la démocratie” est une guerre impérialiste tout court, dans laquelle sont engagées toutes les puissances régionales et au premier chef les principales, Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne. L’implication et la responsabilité de tous ces gangsters ne se manifestent pas seulement par leurs gesticulations à l’ONU ou ailleurs, mais est déjà active par l’armement et/ou l’argent qu’ils fournissent aux deux camps syriens (1).

La question de la création d’une zone-tampon en Syrie à la frontière avec la Turquie, afin d’offrir un soi-disant abri aux dizaines de milliers de réfugiés qui affluent, et dont on nous rebat les oreilles, est une vaste fumisterie  ; parce qu’elle ne serait pas viable du fait de l’opposition d’Assad, et nécessiterait quasiment la guerre ouverte avec Damas, justement du fait qu’il s’agirait d’une base arrière de presque tous les requins en présence, sous la bannière de la “défense de la paix” avec au bout du compte tout autant de risques pour les réfugiés. Il faut en ce sens se rappeler avec quelle attention l’ONU, et la France qui en était responsable, avait laissé massacrer des milliers de gens à Srebrenica en Bosnie en 1995 par les troupes de Milosevic.

Si l’ONU intervient, il faudra se souvenir de la sollicitude avec laquelle les Afghans ont été traités depuis 2001, puis les Irakiens, au nom de la lutte “contre le terrorisme” ou bien de celle “pour la démocratie”, et ce qu’il en reste  : des champs de ruines et des millions de gens offerts en pâture aux bandes armées de telle et telle clique avec pour perspective la misère et une soumission aux volontés de chefs de guerre plus arriérés les uns que les autres.

Il faut encore se remettre en mémoire la sournoiserie et la violence qui ont présidé à l’établissement des protectorats français et britannique dans cette région du Moyen-Orient au moment de l’effondrement de l’Empire ottoman, lors de la Première Guerre mondiale, et de l’accord Sykes-Picot de 1916 qui était un dépeçage en règle de la Syrie et de l’Irak, sur fond de promesses “libératrices” aux Arabes, et de tueries récurrentes. La bourgeoisie est toujours pleine de bonnes intentions pour cacher ses véritables objectifs et ne peut que surenchérir de mensonges pour les réaliser.

Soyons certains d’une seule chose, c’est que ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux est l’expression, non pas seulement de la folie d’Assad, mais aussi de ce monde décadent. Et c’est sans ambiguïté, quelle que soit l’évolution de ce drame, le prélude à une aggravation sans précédent de la situation de tout le Moyen-Orient. Les conséquences en seront désastreuses, comme on le voit déjà avec l’extension actuelle du conflit au Liban.

Courant Communiste International - http://fr.internationalism.org

1) Il faut souligner le culot de la Russie qui prétend livrer à Assad des hélicoptères de combat qui étaient en “réparation”, et celui des Etats-Unis qui prétendent ne fournir que “des moyens de communication”, bien qu’ils procurent notoirement à l’ASL des armes antichars par le biais de l’Arabie Saoudite, du Qatar et du Koweït. La France, qui vend des caméras thermiques à la Russie pour ses chars, et dont ne sont prétendument pas équipées les troupes syriennes, n’est pas en reste dans le registre de l’hypocrisie crasse.

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